Au début du mois de décembre 1492 – les historiens discutent toujours pour savoir s’il s’agit du 2 ou du 5… – un certain Jerez, faisant partie du corps expéditionnaire de Cristobal Colón, débarquant sur la côte septentrionale, fait la découverte d’un Indien taïno avec aux lèvres un bâton de feuilles roulées en feu. Il l’imite sur-le-champ et l’apprécie. Mal lui en prit, car de retour à Madrid, il fut condamné par l’Inquisition à deux ans de prison ferme. Normal puisque, selon les témoignages de son entourage, sa femme la première, de la fumée sortait de sa bouche et des étincelles de ses yeux… Il faut préciser que question répression, l’inquisition fit pire, avant ou après.

 

Cinq siècles plus tard, ce sont plus de 60 millions de havanes qui partent en fumée dans le monde chaque année, aveq plus de 40 marques. Les Cubains à Cuba, grands consommateurs devant l’Eternel, fument chaque année plus de 200 millions d’unités… Certes, ce ne sont pas des Montecristo, des Cohiba, des Partagas ou des Hoyos de Monterrey, mais les cigares du peuple, plutôt du tabac de seconde catégorie non destiné à l’exportation. Des cigares pour toutes les occasions et pour tout le monde.

 

Bref, il ne leur viendrait pas à l’idée de s’en passer. C’est pourquoi, en période de vache maigre comme aujourd’hui, le cigare figure toujours dans la libreta, le carnet de rationnement…

 

N’oublions pas que le havane a joué un grand rôle dans l’histoire du pays: ce sont les cultivateurs de tabac qui se rebellèrent en premier contre les Espagnols. Et José Marti, héros de l’indépendance, envoya l’ordre écrit de commencer la guerre caché… dans un cigare. Le havane a toujours fait partie de « l’imagerie» révolutionnaire : le Che (pourtant asthmatique) en fumait des quantités impressionnantes. C’était son seul vice connu. Lorsqu’il était au Congo, son ami Fidel lui envoya son fusil préféré, accompagné de havanes de 40cm de long! Selon L’Amateur de Cigare (le journal de JeanPaul Kaufmann, qui consacra un numéro spécial au Che), « le Che parvint à réduire sa consommation à un seul cigare, mais celui-ci mesurait… un mètre! ».

 

Aujourd’hui, Fidel Castro ne fume plus (c’est vraiment la fin d’une époque…). Ancien amateur de havanes (depuis 1985, dit-on, ii n’a jamais craqué, même en privé), il n’a pas hésité à « créer » sa propre marque Cohiba. Il en offrait régulièrement des caisses aux chefs d’État étrangers et fit pas mal d’adeptes.

 

Toujours dans L’Amateur de Cigare, Pierre Salinger, ancien conseiller de John Kennedy, rapporte une anecdote incroyable : le président lui aurait demandé un jour, peu de temps après le désastre de la baie des Cochons, de lui trouver de toute urgence une quantité importante de havanes. Le lendemain, c’était chose faite. Le conseiller raconte alors que le président était tellement satisfait d’avoir constitué sa réserve qu’il signa sur le champ le décret instaurant l’embargo sur Cuba. On peut se demander aujourd’hui où en est la réserve de cigares de la Maison-Blanche-..

 

Pour continuer sur les mythes qui s’évanouissent, peu après la fusion de la Seita française et de la Tabacalera espagnole en Altadis, on annonçait que ce groupe venait d’acquérir 50 % de la Corporaciôn Habanos. Les Franco- Espagnols ont ainsi signé un chèque de 500 millions de dollars pour mettre la main sur les emblématiques Montecristo, Partagas, Cohiba, Romeo y Julieta… et les commercialiser hors Cuba. L’entreprise estime ne pas être menacée par la loi Heims-Burton étant donné qu’elle ne possède aucun actif dans le pays. Cette alliance place ainsi le groupe Altadis au 4e rang mondial, loin derrière Philip Morris. Quant à savoir s’il s’agit d’une bonne nouvelle pour le consommateur, rien ne dit que les prix vont baisser.

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